Mise au placard, que faire ?

Rédigé par des auteurs spécialisés Ooreka  À jour en octobre 2020

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Mise au placard, que faire ?

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La mise au placard est une forme de harcèlement moral au travail : l’employé mis au placard est isolé sur son environnement de travail, laissé sans consigne ni moyen de travailler.

La mise au placard est le plus souvent une stratégie de l’entreprise pour forcer l’employé à démissionner.

Si vous êtes victime d’une mise au placard, ne culpabilisez pas et sachez que des moyens existent pour lutter contre ce harcèlement.

 

1. Identifiez les signes annonciateurs de la mise au placard

Une mise au placard n’est pas un événement soudain : tout commence insidieusement. Soyez donc attentif aux changements dans votre environnement de travail :

  • Vous n'êtes plus convié plus aux réunions.
  • Vos collègues vous évitent.
  • Votre téléphone sonne de moins en moins.
  • Votre supérieur vous dénigre et ne vous adresse plus la parole.
  • Votre planning de rendez-vous se vide progressivement.
  • À votre retour de vacances, des dossiers ont été confiés à un autre collègue.
  • Vous n'êtes plus en copie dans les mails.
  • Votre bureau est déménagé sans raison valable.
  • Vous êtes isolé.
  • Vous n'avez plus de consignes à donner à quiconque.
  • Vous ne recevez plus de consignes.
  • Vos attributions disparaissent petit à petit.
  • Votre mission est de plus en plus floue, voire inexistante.
  • Vous êtes seul dans un bureau, sans dossiers, avec très peu ou pas de moyens de communication.

Dès les premiers signes annonciateurs observés, réagissez : notez chaque événement par écrit et conserver les preuves. Cela vous permettra de rester clairvoyant et d'agir : soit en mettant en place une stratégie personnelle si vous souhaitez rester dans l'entreprise, soit en entreprenant une démarche de dénonciation de harcèlement moral.

Sachez néanmoins vous remettre en question : la mise au placard peut aussi provenir d’un comportement de votre part, une attitude hostile envers des collègues par exemple.

2. Prévenez la mise au placard

Dès les premiers signes, réagissez et tentez de rétablir la situation.

Soyez irréprochable

  • Recentrez-vous sur votre mission, évitez tout comportement déviant tel que retard, irritabilité, dossier mal présenté, non tenu de délai, non esprit d'équipe…
  • Si vous vous êtes montré hostile envers un collègue, rencontrez-le, reconnaissez vos tords et excusez-vous.

N'acceptez pas que l'on vous oublie

  • À chaque oubli (dans les mails, aux réunions…), demandez la raison, manifestez votre désaccord et faites rectifier. Votre ténacité professionnelle peut renverser la situation.
  • Investissez-vous dans l’entreprise en participant à des projets phares : vous vous ferez ainsi des alliés.

Demandez un entretien à votre supérieur

Demandez des explications à votre supérieur : dites-lui ce que vous avez remarqué, apportez des faits et non des opinions.

Pendant votre entretien :

  • Restez calme.
  • Exprimez-vous avec précision.
  • Manifestez l'intérêt que vous avez pour votre fonction. Validez les points clés de votre fonction.

Votre interlocuteur peut apprécier votre franchise et votre implication, et la situation peut s'améliorer.

3. Adoptez un plan d'attaque et agissez

Aucune action de prévention n’a abouti et vous êtes mis au placard : rassurez-vous, vous pouvez adopter plusieurs stratégies.

Vous décidez de rester

Si vous préférez ne pas quitter l’entreprise, par crainte du chômage par exemple, adoptez une attitude optimiste :

  • Profitez de vos temps libres (vie de famille, loisirs…) pour vous ressourcer.
  • Continuez à vous investir dans l’entreprise à travers d’autres tâches (veille informative, classement, rangement, soutien apporté aux collègues…). Vous pouvez ainsi étonner agréablement vos collègues et vos supérieurs.
  • Sachez que la mise au placard peut être temporaire.
  • Néanmoins, restez vigilant : vous pouvez être licencié à tout moment, même en cas de changement de poste.

Vous décidez de quitter votre poste

La situation est trop pesante, et vous décidez de quitter votre poste : plusieurs options s’offrent à vous.

  • Demandez un bilan de compétences, puis un congé de formation. Vous pourrez ainsi envisager un changement de poste et d'entreprise, voire de métier.
  • Demandez un changement de poste en interne.
  • Menez, en restant à votre poste, une recherche d'emploi :
    • Faites une veille des offres.
    • Appuyez-vous sur votre réseau pour lever des pistes.

4. Dénoncez votre employeur pour harcèlement moral

Le harcèlement moral au travail est reconnu par la loi n° 2002-73 de modernisation sociale du 17 janvier 2002 qui le définit comme « [des] agissements répétés [...] qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits du salarié et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel » (article L. 1152-1 du Code du travail).

Si vous décidez de dénoncer le harcèlement dont vous êtes victime, vous devez suivre une démarche rigoureuse.

Attention, dès lors qu'un salarié dénonce des faits de harcèlement moral ou sexuel en ayant connaissance, au moment de la dénonciation, de la fausseté des faits allégués, la qualification de dénonciation calomnieuse peut être retenue en raison de la mauvaise foi du salarié.

De même, si le salarié a dénoncé des faits de harcèlement sans avoir réservé cette dénonciation à l’employeur ou aux organes chargés de veiller à l’application des dispositions du Code du travail, il ne bénéficie pas de l’immunité pénale réservée aux personnes dénonçant des faits de harcèlement et s’expose à des poursuites pénales sur le fondement de la diffamation publique (Cass. crim., 26 novembre 2019, n° 19-80.360).

Accumulez les preuves

Face à la loi, les agissements doivent être répétés pour être qualifiés de harcèlement moral. Tenez un journal de bord : notez par écrit tout ce qui vous arrive d'anormal et conservez les preuves (mails, non-convocations aux réunions, etc.).

Les faits présentés par un salarié pour démontrer un harcèlement moral doivent être examinés dans leur ensemble. Ainsi, il est possible que les « agissements répétés » requis pour qualifier le harcèlement moral se caractérisent par plusieurs faits isolés, de nature différente et qu’il convient d’examiner dans leur ensemble (Cass. soc., 26 juin 2019, n° 17-20.723).

Cherchez du soutien en interne

Si l'entretien avec votre supérieur n'a eu aucun effet, prévenez les différentes personnes, services ou comités en interne susceptibles de vous aider :

  • la médecine du travail ;
  • le service d'assistance sociale de votre entreprise ou à défaut un service inter-entreprise (il en existe dans chaque région) ;
  • la direction des ressources humaines, la délégation du personnel du comité social et économique (CSE, venu remplacer les délégués du personnel, comités d’entreprises et CHSCT).

Des solutions peuvent être proposées en interne : médiation, mutation ou changement de poste si vous le souhaitez.

Cherchez du soutien à l’extérieur

Vous pouvez également faire appel à des professionnels extérieurs qui vont accompagneront dans vos démarches :

  • l’inspection du travail ;
  • les structures d’aide aux victimes de harcèlement et d’agression ;
  • les psychiatres et psychologues ;
  • les avocats.

Intentez une action en justice

Si aucune solution n'est trouvée par les moyens précédents :

  • Vous avez la possibilité, en tant que salarié, de déposer une demande d'action auprès du conseil des prud'hommes (ou du tribunal administratif pour le secteur public) : adressez une lettre avec accusé de réception, au maximum 5 ans après les faits.
  • Vous pouvez également déposer une plainte au procureur de la République, dans les 3 ans, par dépôt d'une lettre sur papier libre au tribunal de grande instance. Vous pouvez vous rendre directement dans une gendarmerie ou un commissariat de police. Cependant, cette démarche est moins adaptée pour une plainte pour harcèlement car l'infraction constitue rarement un danger imminent susceptible de mobiliser les forces de l'ordre.